Modélisme : la mise en oeuvre des voies courbables

La mise en œuvre d'une voie courbable offre une totale liberté dans la réalisation du tracé du réseau miniature. Elle permet de dessiner les plus belles courbes, d'inscrire dans le paysage les contre-courbes les plus élégantes. Mais pour un débutant, l'exercice présente quelques pièges qu'il lui faudra éviter.
Alors, laissez moi vous montrer la voie !
 

Traversant la Vézère, immédiatement après avoir quittée la gare des Eyzies de Tayac, cette rame de bois, prise en charge par une 66000 se dirige vers Le Buisson-de-Cadouin.
Seule l'utilisation d'une voie courbable permet d'obtenir un tel tracé, s'inscrivant parfaitement dans le paysage.


L'utilisation de la voie courbable
L'utilisation des voies courbables, ou flexibles, marque dans bien des cas le passage du train jouet vers le véritable modélisme ferroviaire.
Nous avons tous en effet débuté notre loisir grâce à des coffrets de départ composés uniquement d'éléments de voie rigide, à la géométrie parfaitement définie, possédant une éclisse de liaison à chaque extrémité, facilitant montage et démontage des premiers réseaux.



Mais avec une voie courbable, vous vous retrouver avec un coupon souple, ayant une fâcheuse tendance à se déformer, sans éclisses, et dont les profilés ressortent à des longueurs différentes du coupon !


Qu'est-ce qu'une voie courbable ?
La différence entre les deux types de voie, rigide et flexible, provient d'une conception différente des éléments de travelage.
Dans une voie rigide, toutes les traverses sont reliées de chaque côté par un cavalier maintenant un écartement invariable entre elles.
Dans une voie flexible, de place en place, et alternativement à droite et à gauche, les traverses ne sont pas reliées.



C'est cette caractéristique qui permet au coupon de voie de suivre tous les rayons possibles, et donne à la voie cette souplesse si déconcertante pour un débutant. 

  

La voie utilisée pour la reproduction du site de la gare des Eyzies-de-Tayac est de la Peco,
code 75. L'aiguille d'entrée, en courbe est parfaitement intégrée au raccordement parabolique faisant la liaison entre la sortie du viaduc et le passage à niveau, que vient de dépasser cet X 2800 au démarrage vers Le Buisson.


Dans quel cas l'utiliser ?
La voie courbable peut naturellement être utilisée dans tous les cas de figures, et présente de nombreux avantages, techniques, économiques et esthétiques.
Techniques, car en limitant le nombre des éclisses, on réduit d'autant les possibilités de faux contacts électriques.
Économiques, car un mètre de voie courbable coûte beaucoup moins cher que son équivalent en éléments rigides.
Esthétiques, car elle permet de s'affranchir de la géométrie fixée par le système de voie d'un fabriquant en permettant de reproduire fidèlement tous types de tracés  et notamment les courbes avec raccordements paraboliques.
Mais son utilisation présente tout de même quelques inconvénients, et on évitera notamment de l'utiliser pour la réalisation de courbes de trop faible rayon. Par ailleurs, on ne peut envisager que la construction de réseaux fixes, non démontables.


Les problèmes posés par la mise en œuvre d'une voie courbable
Le premier problème posé par la mise en œuvre d'une voie courbable, quelque soit sa marque, est celui de l'espacement des traverses.



Celles-ci n'étant pas totalement solidaires entre-elles, peuvent se déplacer, ou se placer de biais. Il faudra donc veiller à ce point lors de la pose.



Mais le problème le plus délicat reste le raccordement des éléments flexibles entre-eux, et la préparation des traverses de bouts. En effet, contrairement aux éléments rigides, une voie flexible est livrée sans éclisses, les profilés étant tirefonnés jusque sur la dernière traverse.



Celle-ci doit alors être préparée afin de recevoir les éclisses, qu'elles soient isolantes ou non.
Enfin, et c'est sans doute le plus déconcertant pour un débutant, les profilés n'étant pas tenus rigidement, semblent prendre un grand plaisir à glisser sur les traverses lors de chaque manipulation du coupon. Ils se retrouvent alors bientôt à des longueurs différentes en bout.



De la même manière, après la pose, et quelque soit le rayon de courbure réalisé, le profilé intérieur sera toujours plus long sur le coupon que l'extérieur. Ils  devront donc être ajustés l'un par rapport à l'autre, par tronçonnage de la partie en excédent.

La préparation des coupons de voie courbable
Avant la pose, un coupon de rail flexible nécessite donc quelques petites préparations.
La première consiste à percer 6 ou 7 traverses sur la longueur d'un coupon, avec un foret adapté au diamètre des clous de fixation utilisé ensuite, par exemple 0,5 mm pour les clous Roco.
Notons que certaines voies, Pilz ou Roco ont des trous borgnes pré-percés visibles sur le dessous des traverses qu'il suffit alors de déboucher.



L'étape suivante consiste à préparer les traverses de bout, afin qu'elles puissent recevoir les éclisses de liaison. L'opération se fera au cutter, en découpant les tirefonds, tout en ayant soin de creuser légèrement la traverse sous le profilé afin de dégager l'espace nécessaire à l'éclisse.



Notons que Roco propose des éléments de travelage spécialement prévus à cet effet, comprenant 3 traverses à enfiler sur le profilé à chaque extrémité, munis des mêmes dégagements au niveau des tirefonds que pour sa voie rigide.

La pose de la voie
Nous voilà maintenant prêt à poser notre voie, opération à mener dans tous les cas avec le plus grand soin, car de la qualité de ce travail, dépend le bon roulement des trains. La plus grande attention sera portée au niveau des zones d'aiguilles, où les risques de déraillements sont naturellement les plus importants.
On commencera donc la pose de la voie par une mise en place provisoire des appareils de voies, directement sur le contre-plaqué de la table de roulement, puis en les reliant entre-eux avec les rails flexibles, sans se soucier à ce niveau de la semelle de roulement ni du ballast.
La voie sera alors maintenue par des clous fins assez longs, les Roco conviennent à merveille pour cela. Ceux-ci devront dépasser de 6 à 7 mm de la surface de la table de roulement.



On  coupera alors les têtes des clous.



Cette méthode permet de parfaitement matérialiser l'axe de la voie grâce aux clous qui resteront en place lorsque celle-ci sera retirée. Ils serviront alors de guide pour la mise en place des semelles de ballast en liège de 4 mm d'épaisseur, chaque demi-semelle se positionnant de part et d'autre du clou.
Mais nous n'en sommes pas encore là. Pour l'heure, il nous reste à réaliser les ajustements aux extrémités des coupons.


 
Le profilé intérieur, qui dépasse des traverses de bout sera coupé au disque à tronçonner monté sur une mini-perceuse.



A noter qu'il existe chez Proxxon un disque métallique diamanté, parfait pour cet usage, et qui ne peut éclater comme peuvent le faire les disques classiques en corindon.
Dans les zones d'aiguilles, il sera parfois nécessaire d'ajuster les traverses qui peuvent se chevaucher.



Finalement, une des plus grandes difficultés à surmonter lors de la pose d'un coupon de voie flexible, reste le parfait dressage d'un alignement droit, quelque soit sa longueur.
On peut s'aider pour cette opération d'une règle métallique, sur laquelle viendra se plaquer l'ensemble du travelage. Mais le meilleur outil reste l'œil, le moindre défaut d'alignement étant parfaitement visible !



Notons d'ailleurs que Roco propose des coupons rigides de même longueur que ses voies flexibles, facilitant la tâche à ce niveau.

La plateforme de la voie
La voie, ou la section de voie étant maintenant parfaitement en place et réglée, il est possible de l'enlever afin de coller les semelles de liège qui évoqueront l'épaisseur de ballast maintenant en réalité les traverses en place et assurant également une indispensable fonction de drainage.
J'utilise les semelles proposées par la firme Héki, prédécoupées en deux moitiés, et qui sont collées à la néoprène chacune de part et d'autre des clous laissés en place matérialisant l'axe des voies.



Attention toutefois, ces colles sont assez délicates à utiliser, à cause de leur collage «contact», instantané, pour lequel il est strictement impossible de réaliser la moindre correction ultérieure.
Cette opération terminée, il sera possible de repositionner les voies sans difficultés, en se servant des clous comme repères, puis de réaliser le ballastage, mais ceci est une autre histoire.



Il faudra toutefois prévoir avant la mise en place des aiguillages, de percer les trous, au diamètre de 10 mm, pour le passage de l'axe de commande des lames d'aiguillage.

Attention les yeux !
Le modélisme ferroviaire est certes un loisir créatif extrêmement enrichissant, mais il ne vaut pas de lui sacrifier un œil.
Aussi convient-il de n'utiliser votre mini-perceuse équipée de disque à tronçonner qu'avec la plus extrême prudence, et en n'oubliant pas de porter des lunettes de sécurité. Elles vous protégeront contre les fines particules de métal, voir contre le disque lui-même, qui en cas de fausse manœuvre peut éclater et se disperser tous azimuts.



Vous trouverez celles-ci dans tous les magasins d'articles de bricolage, pour quelques euros. Vous conserverez ainsi toute votre acuité visuelle pour dresser à l'œil, qui reste le meilleur des outils pour cette opération, les plus beaux des alignements en voie courbable !


 
Malgré une mise en place plus délicate que les coupons rigides des coffrets de départs, quel plaisir de voir s'inscrire ces trains dans de belles courbes, justifiées par la nature du terrain. C'est cela, le modélisme ferroviaire.






02/01/2007
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