Mon premier réseau : du jouet à la collection, mon réseau JOUEF 1970 !

D'aucuns considèrent la pratique du modélisme ferroviaire comme un art. C'est sans doute vrai puisqu'il s'agit d'une activité de création, faisant appel aux notions de dessins, peinture, mise en scène de décor et travail de la matière.
C'est aussi un loisir technique faisant intervenir la menuiserie, l'électricité, l'électronique et pour certains l'informatique afin de programmer le mouvement des trains.
Au delà de ces aspects, c'est aussi un moyen d'approfondir la connaissance d'une région ; son histoire, sa géographie, son économie.
Mais c'est surtout, pourquoi le cacher, la poursuite d'un rêve d'enfant : la vision, un matin de Noël, du gros train en tôle peinte, magnifique jouet rutilant courant sur son cercle de rail posé au pied du Sapin.



Je me souviens donc du Noël 70 et de la découverte de l'ensemble des rails nécessaires à la réalisation de ce réseau Jouef !


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Bien des années après, j'ai retrouvé dans une bourse d'échange ce recueil de plans qui avait accompagné mon adolescence. Ce fut le point de départ de la réalisation de ce fameux réseau, en mettant en œuvre du matériel d'époque certes, mais adapté afin de pouvoir fonctionner selon les standards actuels.

J'ai donc passé dans un premier temps près de 2 ans à réunir l'ensemble du matériel et des accessoires nécessaires, et s'agissant d'un réseau de « collectionneur », si possible avec les boites d'origines !

 

Première étape, la voie

Mais boites d'origines ne veux pas forcement dire produits de qualité !

 

 



En effet, l'acier "zingué" utilisé un temps par Jouef est strictement inutilisable pour espérer faire un jour circuler le moindre train dans des conditions acceptables. Il me fallait donc fiabiliser l'ensemble, tout en gardant le look d'origine, c'est à dire les moteurs d'aiguilles bien visibles, les rails d'alimentation spécifiques, les dételleurs, et le fameux rayon de courbure 385 mm...


La première étape fut donc de procéder au remplacement pur et simple des profilés, en utilisant du rail Peco code 100, en maillechort, pour la voie normale.

La photo illustre mal l'aspect rouillé terne du rail d'origine, strictement inutilisable.

 



La première étape consiste à dessertir des éclisses d'origine.

 



Sur certains coupons de voies, le rail viendra simplement avec l'éclisse.

 


Sur d'autres, le profilé est matricé sur le travelage. Dans ce cas, il ne faut surtout pas tenter de le faire glisser entre les tirefonds, sous peine de tout arracher.

 



Il faudra alors découper au disque à tronçonner le rail au niveau de chaque matriçage.

 

 


Et voilà les premiers appareils de voies rééquipés. Pour les courbes, j'ai préalablement cintré le profilé.

 

 


J'ai naturellement mis à profit le changement de rail pour limiter au maximum le nombre de coupures et d'éclisses de liaison, toujours sources de problèmes d'alimentation électrique...
Le réseau sera donc composé de huit éléments de voie, chacun étant alimenté, les éclisses n'ayant ainsi qu'un rôle mécanique, sans fonction...

 


 

La voie Decauville a été traitée de la même manière, mais en utilisant un profilé Peco H0e au code 70 cette fois.

Problème, les coupons droits sont plus rares que les courbes, alors, tronçonnage de la voie courbe, traverse après traverse, puis dépose du profilé d'origine en acier « zingué », avant de remettre en place les traverses sur une voie Peco 9 mm. Et voilà une belle voie « droite »...

 

 

 


 

Comme pour la voie normale, chaque coupon est alimenté et les éclisses ne sont la que pour les liaisons mécaniques. Les fils blancs sont consacrés à la ré-alimentation des lames en fonction de leur position, via un relais…

 

 


Une belle toile d'araignée qu'il va falloir intégrer sur le plateau du réseau : repérage précis de la position des fils avant perçage…

La voie est en place, fixée par des vis Jouef d'origine, en laiton, bien visibles… et les fils traversent le plateau…

 


 

Après ballastage, premiers essais… catastrophiques !

Les lames d'aiguilles ne sont pas dans l'alignement des voies, avec un retrait de près de 1 mm ! Logiquement, le matériel « coince » au passage, quant il passe…

 

 


Le remède : usinage des lames au disque diamant… et finition à la lime !

 

 



Maintenant, c'est bon...

 



Tant qu'on est dans les frais, reprise des cœurs à la lime afin de corriger les nombreuses imperfections de ces appareils de voie…

 


 

Tout ce travail pour çà : le plaisir de voir passer sans à-coups, une adorable petite 020 Decauville et sa rame de wagonnets… La prise de courant est parfaite grâce à la ré-alimentation des lames, par contre, quelle crécelle !

 


 

La charpente du réseau

La structure générale est composée d'un cadre en tasseaux de 67 x 18 mm, entretoisé d'une traverse longitudinale et de deux transversales assemblées «à mi-bois».
Il faut donc réaliser une coupe sur chacune, égale à la moitié de l'épaisseur, de façon à obtenir un assemblage affleuré.

On commence par tracer précisément, deux traits de coupe, puis dégagement de la pièce au ciseau à bois...

 

 

 

 


Petit bois par le barbecue, avant l'assemblage de la structure de base par vissage des éléments du cadre qui supportera les plates formes des voies, en contre plaqué de 10 mm.


 

 



La première opération  consiste à tracer précisément les plates formes...
385 mm de rayon, c'est court ! L'avantage, on utilise très peu de ficelle.

 


 

Découpe des plateformes...

 

 


Mise en place du lit de la rivière, niveau -67 mm, par vissage...

 

 


Mise en place des chandelles de support de la plateforme VE en faisant attention au bon équerrage de l'ensemble...

 



Il reste encore un peu de travail, mais ce n'est pas chouette cet "amour de petit train" ?

 

 


Les plateformes en place ainsi que le support du poste de commande...

 

 


Mise en place des couples extérieurs et la réalisation du relief.

Ils sont découpés dans du contre plaqué de 10 mm et vissés sur le cadre.

 

 


Mise en place de la voie et des bâtiments, pour voir... Ça ne sert à rien, mais ça fait plaisir...

 


 

La voie est maintenant fixée définitivement sur sa semelle de liège, à l'aide des petites vis Jouef, en laiton à tête ronde. On ne peut pas les louper, on dirait presque des picots de Marklin.

Dans la courbe qui sera bientôt cachée sous le tunnel, deux bandes de carton assurent la sécurité des circulations...

 

 

Découpe à la scie à ruban dans du polystyrène extrudé de quelques voutes de tunnel. Oui je sais, l'extrudé n'était pas utilisé en 1970...

 


 

Mise en place des voutes des tunnels et d'un tasseau le long du couple transversal afin de pouvoir poser une plaque d'extrudé qui formera la base au futur relief en laissant le dessous parfaitement accessible...

 


 

Il est temps maintenant de coller l'empilement de plaques qui formera le relief. J'utilise pour cela un pistolet à colle chaude.

 



Notez tout de même les rochers en écorce d'arbre... Pas plus vintage que cela, c'était d'ailleurs la technique préconisée dans le plan de réseau Jouef de l'époque, donc je m'y tiens !

Pour les opérations de ballastage de la voie normale, j'ai utilisé du ballast Noch, en fait du Woodland. Pour rester strictement dans l'esprit d'origine, il aurait été peut-être préférable de se servir de liège en poudre…

 


 

Pour le collage, j'utilise du médium acrylique mat largement dilué à l'alcool ménager. Ça sèche rapidement et la colle reste « souple » limitant la propagation des bruits de roulements...


 



J'ai également pris un soin tout particulier à ne pas salir mes beaux moteurs d'aiguilles

Ça marche... La R « 3 pôles » avec son joli bruit de crécelle, effectue ses premiers tours de circuit, alimentée par mon nouveau Disjoncta 1500 !

 

 

 

Sols, ouvrages d'arts et végétation…

Pour figurer les sols, j'utilise de la colle à carrelage teintée au brou de noix...

 


 

Le mur de soutènement est réalisé sur une base de contreplaqué de 5 mm...

 

 


Les 6 arches sont découpées à la scie à archet, puis les tranches décorées d'une jus de peinture acrylique rouge brique cassé d'une pointe de blanc...

 

 


L'ensemble est ensuite habillé de feuille de briques Faller...

 

 


Le tunnel est habillé de la même manière, l'ensemble peut être détaillé par la mise en place de pierres de parement...

 

 


A ce stade, il est possible de penser à la préparation des côtés :
Enduit pour boucher les trous de vis et autres imperfections, ponçage, attention à la poussière...

 

 


 

...et peinture, vert sombre, mais tout est affaire de goût...

 


Au niveau des flocs, j'ai tout de même résisté à l'idée d'utiliser des sciures teintées, comme à la grande époque, pour privilégier les flocages Heki. Mais les buissons sont tout de même réalisés en lichen teinté. Un point de colle…

 

 


... et c'est la mise en place de ces adorables petits buissons !

 


Il reste encore à coller la résine dans le lit de la rivière, après un complet séchage des graviers du fond...

 


 

Et voilà le résultat final, avec quelques caractéristiques d'époque : en vrac, moteurs d'aiguilles apparents, socles des bâtiments qui sont montés sans aucune peinture ni patine, rochers en écorce d'arbre, ouvrages d'art en feuille imprimée Faller, arbres en bigoudis et les fameux buissons en lichen, personnages avec les socles...

 


 

En guise de bilan

Arrivé au terme de cette construction, recommanderai-je à un débutant de se lancer dans un tel travail, en utilisant du matériel Jouef de l'époque ?
Non, en aucun cas.
Il s'agit sans ambiguïté d'un réseau de « collectionneur » qui s'inscrit dans un projet d'exposition.

 



Aujourd'hui, le dernier Hors Série Le Train, présentant en détail le concept des modules juniors est certainement un des meilleurs ouvrages jamais publiés à destination des débutants, sans oublier les recueils de plans Loco Revue, où les dessins en perspective de François Fontana nous transportent déjà dans un univers de rêve et d'évasion.

Cependant, le travail de la charpente, le soin apporté à la pose de la voie, un câblage rigoureux sont des préalables nécessaires, et parfaitement contemporains à la pratique de notre loisir.
En ce sens, ce réseau 1970 est donc parfaitement d'actualité.


 


Par ailleurs, et il s'agit sans aucun doute de la composante la plus irrationnelle de la justification de ce travail ; ce réseau, ou plus exactement son dessin en perspective publié dans le recueil de la firme m'a fait rêver durant mes années d'enfance et aujourd'hui, sa matérialisation, bien présente dans mon bureau, me procure un immense plaisir.

 


 

Finalement, ces trains Jouef ont gardé un grand potentiel de séduction, en tout cas pour les amateurs de ma génération !

 

 


 

 



08/04/2008
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