Viaduc à voûtes biaise : Les Eyzies-de-Tayac

Cet ouvrage, particulièrement élégant, constitue naturellement un des points forts du réseau des Eyzies-de-Tayac, étant placé au premier plan.

 

 

 

 

Son architecture est extrêmement soignée. L'ensemble des piles, des chaînes d'angle, des bandeaux, des plinthes, des contreforts et des éléments du parapet est en pierre de taille. Les murs de côté et les parements sont en briques, les gardes corps sont métalliques, enfin, les perrés en quart de cône du remblai des culées sont en pierres hexagonales.

 

 

 

Cependant, l'ouvrage offre une difficulté majeure qui complique beaucoup sa reproduction en miniature. Il est, en effet, construit de biais, c'est à dire qu'il coupe le lit de la rivière non orthogonalement.

 

 

De ce fait, la disposition des piles, qui doivent impérativement être implantées de manière à offrir une surface de moindre résistance à l'écoulement des flots, entraîne un décalage des deux murs de façade avant et arrière du pont.

Dans ce cas, la projection horizontale de la voûte ne s'inscrit plus dans un simple rectangle mais décrit un large S très aplati, dont la détermination par le calcul fait appel à de solides connaissances en géométrie descriptive. Et le dessin est encore compliqué par la présence d'une voûte construite en appareillage de pierres et de briques.

Il me fallait donc trouver une méthode facile à mettre en œuvre, sans devoir passer de longues heures devant un ordinateur ou une table à dessin, et surtout transposable à n'importe quel autre ouvrage construit selon ces dispositions et quelle qu'en soit l'échelle de réduction.

 

Comment réaliser une voûte biaise ?

En fait, la méthode finalement utilisée pour la réalisation de ce pont est réellement d'une simplicité enfantine, puisque aucun calcul n'est nécessaire et qu'elle peut être appliquée quelque soit la largeur du pont, l'angle du biais ou le diamètre de la voûte.

Il suffit pour mener à bien sa construction d'avoir une élévation du pont donnant la forme d'un des côtés !

La première étape consiste donc à découper, à partir de ce dessin, quatre couples en carton contrecollé de 2 mm, au profil de la voûte. Ces quatre pièces seront soigneusement ajustées entre-elles.

 

 

Elles seront ensuite collées sur une base en carton qui formera plus tard le tablier. Selon le pont que vous souhaitez reproduire, sa largueur sera au gabarit voie unique ou double voie, comme ici, avec une plate-forme de 105 mm.

 

 

L'angle, qui donnera le décalage des deux murs du pont est parfaitement indifférent, et a été déterminé… au jugé, en retenant une valeur de 60 degrés. Il semble quoi qu'il en soit raisonnable de contenir celui-ci dans des valeurs comprises entre 50 et 70 degrés.

Après avoir collé les couples sur la base et renforcé l'ensemble par deux entretoises en carton et des baguettes de bois, j'ai mis en place la voûte proprement dite, en débordant largement de part et d'autre des murs du pont.

 

 

La découpe des débordements des côtés devra être faite avec le plus grand soin, car c'est ici que ce cache le secret de ma recette !

 

 

En effet, vous constaterez que la chute ne décrit pas une simple droite, mais forme ce fameux S plus ou moins marqué dont je vous parlais plus haut.

Il s'agit en fait du dessin de la projection horizontale de la voûte que j'aurais dû normalement déterminer par le calcul.

Il faudra alors garder cette chute bien précieusement, puisqu'elle servira au dessin des appareillages de pierres et de briques, en constituant un véritable gabarit de traçage.

Pour l'heure, la construction se poursuit par la mise en place sur les côtés et sur la voûte, des feuilles de briques Slaters 401.

 

 

Vous constaterez alors ce que biais veut dire, en observant que la ligne de brique se trouvant à la naissance de la voûte d'un côté, s'en retrouve de l'autre bien éloignée, en l'occurrence au niveau de la douzième pierre du bandeau !

L'ensemble étant alors parfaitement ajusté, il sera possible de réaliser sur les murs de côtés les deux bandeaux et les chaînes d'angle en Canson « lavis technique », qui imite parfaitement le grain des pierres de taille. Il faudra également recouvrir complètement de ce papier les briques formant la voûte du pont, mais en prenant le soin de le coller au double face, afin, après traçage de l'appareillage, de pouvoir dégager les maçonneries de briques.

 


 

La première opération de ce traçage consiste donc à joindre les pierres des bandeaux des deux murs de côté, afin de tracer des lignes transversales, parallèles aux rangs des briques. 

 

 

Je rappelle qu'à la naissance de la voûte d'un côté, correspond dans ce cas la douzième pierre du bandeau opposé.

Pour ce tracé, il n'est pas possible d'utiliser une simple règle plate. En effet, celle-ci ne pourra pas être en appui sur l'ensemble de la surface, la voûte semblant se creuser sous la règle, alors qu'elle sera parfaitement en appui sur la surface si elle est disposée dans le sens de l'angle.

Il faudra alors utiliser un profilé de bois capable d'épouser la surface à tracer.

Les lignes transversales marquées, il faudra tracer les lignes longitudinales, en utilisant la chute comme gabarit. Dans le cas présent, la voûte est constituée de six appareillages de pierres, séparant cinq zones de briques.

 

 

Les quatre appareillages de pierres intermédiaires sont constitués d'une alternance de pierres longues et courtes, respectivement 10 mm et 6 mm de largeur, laissant apparaître un retrait entre-elles de 2 mm de chaque côté. Pour les deux appareillages de bordure, les pierres courtes sont portées à 8 mm, afin de conserver les deux millimètres de retrait côté intérieur de la voûte, étant entendu que toutes les pierres, côté bandeau extérieur, sont au même niveau.

En traçant les lignes longitudinales avec votre gabarit en S, vous aurez la surprise de constater que celles-ci « semblent » parfaitement parallèles aux bords du pont

Il ne restera plus alors qu'à découper au cutter les maçonneries de briques et à enlever soigneusement le papier Canson qui les recouvrait.

 

 

A ce stade, vous avez le choix de renouveler cette opération autant de fois qu'il existe de voûte, ou d'effectuer une prise d'empreinte afin d'obtenir un moule en élastomère de silicone, ce que j'ai fais…

 

 

Les piles, culées et parapets

Les piles sont construites de la même manière, avec une base de carton plume, recouverte de papier Canson gravé pour imiter les pierres.

Les chaperons surmontant les avant-becs des piles, sont quant à eux réalisés en plâtre, mis en forme à la lime.

 

 

Les plinthes et les éléments de parapet sont également issus de moulage. Ils sont installés après la mise en place des culées, des voûtes et des piles du viaduc sur le réseau.

 

 

 

Réalisation des moules et moulage des pièces : ICI

 


Deux mots sur la décoration

Qu'elle que soit la méthode de construction, moulage ou réalisation de chaque voûte, la décoration du pont devra être faite avant sa mise en place sur le réseau, sinon, la peinture des parements en briques sous les voûtes risque d'être tout simplement impossible !

La première étape consiste à mettre en couleur les maçonneries de briques, en utilisant, par exemple, un rouge de Mars acrylique Liquitex.

 

 

Cette base étant parfaitement sèche, il faudra passer un jus de terre de Sienne naturelle, réalisé en réduisant en poudre un bâton de pastel sec et en le diluant à l'eau. La surface des briques sera alors essuyée afin de révéler les joints en clair.

 

 

Les parements en pierre seront soulignés d'un jus ocré, de même que l'ensemble des piles. Celles-ci seront ensuite patinées d'un jus de pastel Warm Grey tint 4 Rowney, puis les mousses en bas des piles seront évoquées d'un passage de vert olive. L'ensemble pourra enfin être rehaussé d'une pointe de terre à décor Sienne naturelle Zebulon.

 

 

Les pierres hexagonales des culées seront passées d'un jus de terre d'Ombre naturelle, puis patinées à la terre à décor.

 

 

L'implantation du viaduc

Les éléments du viaduc étant décorés, il reste à assembler celui-ci en habillant littéralement la plate-forme des voies en contreplaqué. Celle-ci étant découpée d'une seule pièce, pour des raisons de solidité, au moment de la construction de la charpente du module, le fait de construire le viaduc par éléments, qu'ils soient moulés ou non, facilitera grandement sa mise en place sur le réseau.

Il s'agira alors de commencer par installer une des culées, en raccordant les quarts de cônes au remblai à l'aide de l'enduit utilisé pour la réalisation des sols.

 

 

Notez que je n'ai pas collé les différents éléments du pont avec la plate-forme en contreplaqué des voies, qui est donc simplement posée sur le tablier de l'ouvrage.

Cette disposition permet théoriquement, un montage flottant de l'ensemble, puisque le pont n'est scellé qu'à sa base limitant les risques de casses lors des torsions de la structure, toujours possibles au moment des manutentions du module qui mesure tout de même 1,80 m de long.

Le premier élément de voûte sera mis en place, reposant d'un côté sur la culée, de l'autre sur une des piles. Celle-ci sera calée à sa base, l'ensemble étant réglé tant en hauteur qu'en perpendicularité, puis scellé à l'enduit dans le lit de la rivière.

 

 

L'opération se poursuivra ainsi pour l'ensemble des arches, ici trois et le montage se terminera par la mise en place du parapet, dont l'épaisseur de la plinthe, taillée en biseau, rattrapera celle de la plate-forme des voies, constituée de contreplaqué de 10 mm.

Il faudra alors installer le garde-corps métallique, provenant de chez Railway, référence 12902.

Il ne reste plus qu'à reproduire les eaux brunes de la vézère !

 

 



07/02/2010
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